resume de ce mois ci en quelques lignes

Novocibirsk, Sibérie -Russie- 3 juillet 2010 je profite de ce moment de pause forcée, par le crash contre une Lada, pour te donner de mes nouvelles sur ce voyage de rêve qui doit me conduire a l'Expo Universelle de Shanghai en « motocycle » - depuis Paname. Sans avoir préalablement défini d'itinéraire précis, ni souhaité utiliser de GPS pour m'y rendre, je devrais me faire guider par le contact humain exclusivement dans des pays ou je ne parlais pas la langue.
Voila maintenant un mois que j'ai quitté la France et traversé les cols Suisse sous une tempête de neige, traversé l'Europe par le Liechtenstein, l'Autriche, la Slovaquie et la Hongrie. Du coté de Bratislava, des motards rentrant de Corse, me confirmaient que ce voyage “seul” dans les lointaines contrées de Russie était le projet d'un Kamikaze, mais forcé par le respect pour une telle aventure, il se proposait de m'offrir toutes sortes d'équipements de voyage.

Pour moi non plus, l'entreprise n'était pas très évidente. Je n'avais pas encore les clefs qui me permettraient d'entrer au cœur de ce que je recherchais vraiment dans ce voyage, ce contact intime et privilégié nécessaire a mon travail photographique, en plus de ce plaisir d'être surpris et épaté par l'humanité des nouvelles rencontres.

Mon expérience reconnu de Grand Voyageurs (25 ans de reportages et 90 pays visités) me rassurait tout de même. J'avais connu les accrochages armés avec les Khmers rouges au Cambodge et une embuscade violente au Nord de l'Inde. Mon ami Ronan me rappelait avant de partir que nous étions descendus dans les fonds du Lac Namgun au Laos, a 25 m pour photographier des bucherons-plongeurs faire leur travail, sans aucune préparation ni autorisation. J'avais bravé les interdictions de la junte birmane, j'avais été filmé par la TV chinoise durant des fêtes tibétaines interdites aux étrangers a Lhasa. J'avais ramené des images d'Irian Jaya d'hommes mangeant de l'homme...

Cette fois, je traversais juste toute la Russie, la Mongolie et la Chine au guidon d'un Road King Police 2010, une sorte de diligence de Farwest remplis de lingots Leica, sans de véritables autorisations, juste deux visas, un russe et un chinois. J'ai toujours eu en mémoire cette première rencontre en 1990, avec Hans Stuckke, devenu un bon ami, ce photographe allemand avait traversé tous les pays de la planète en vélo, 80 km par jour pendant 40 ans, sans vraiment d'autorisations.

J'étais convaincu que c'était possible, dans le pire des cas je rejoindrais Tokyo par Vladisvotok, belle aventure aussi !

J'ai toujours considéré que les clefs et les aides sont meilleures lorsqu'elles sont locales et peu importe si vous parlez ou non la langue du pays.

Au tout début de ce périple, j'avais deux contacts a Moscou, dont l'une russe, qui souhaitait surtout me dissuader de ne pas faire ce voyage trop extrême en Russie, les routes étant meilleures et plus sures au Kazakhstan, un éventuel contact en Mongolie, pays dans lequel, il n'y avait ni routes ni panneaux et plusieurs connaissances en Chine ou il est interdit a un étranger non résident d'utiliser un deux roues, et encore moins avec un moteur pareil, le pays limitant la circulation a 250cc.

Comment allais-je m'en sortir, il fallait trouver le fil rouge, rester libre, n'avoir aucun a priori et rester ouvert a toutes propositions, être un maximum flexible, suivre son instinct et “surtout ne jamais passer plus de deux jours au même endroit”. Tout cela en utilisant le budget le plus serré possible. Sinon c'est plus vraiment l'aventure.

C'est la “chance provoquée” qui guide le voyageur dans ce type de périple - les intellectuels cubains appellent cette notion, el “hazar concurrente” - celle-ci définie par le grand maitre de littérature José Lezama Lima -

Et ce fil rouge, sorti de la pelote, je l'ai saisi en Ukraine, a Kyiv. J'avais, jusque-la, du mal a trouver la moelle d'un reportage a la ”Lobo” qui ferait que ce voyage ne serait pas seulement qu'une longue traversée en bécane mais un voyage extraordinaire.

C'est en me rapprochant des bikers de la Capitale ukrainienne au restaurant “Route 66 Kyiv” que le voyage s'est mis en place, mes nouveaux amis me mettant sur la voie, me passant des contacts a Odessa et Ekaterinburg.

Ils considéraient l'étape de Moscou sans intérêt pour mon voyage qui les faisait rêver et me recommandaient de rester plus longtemps en Ukraine et de rejoindre, par la Mer Noire, par Odessa, Melitopol, la Russie par Rostov, et rejoindre Volgograd... Saratov, Samara...puis l'Oural, la Sibérie jusqu'au Baïkal et les montagnes Mongoles.

Les premiers russes que j'ai rencontré a la frontière, amusés par mon projet me confirment qu'après l'Oural , “no road !” plus de routes ! Plusieurs personnes me confirment la même information, mais je sais que des gars sont passés en moto, pourquoi pas moi ! Même si je sais qu'elle est très lourde.

Les nouveaux bons contacts se font rapidement. Des premiers rackets “bon enfant” de la Police ukrainienne sanctionnant des fautes imaginaires, mes nouveaux contacts russes m'en protégeaient désormais. Sergei, patron d'entreprises de Volgograd, bien entourés de ses amis Oleg, Chef de la Police et Dimitri, Colonel des forces spéciales, allait m'aider. Mes nouveaux contacts me dorlotaient, j'envoyais mes messages personnels depuis l'internet du bureau de la Police.

Oleg avait passé la matinée sur la plage l'oreille collée a son portable, les résultats avaient été efficaces. Les policiers russes, qui m'avaient racketté la veille, m'avaient rapporté mes 25 USD sur la plage de la Volga ou nous passions la journée.

A la différence de la technique adoptée lors de mes expéditions chez les Papous d'Irian Jaya ou j'essayais de trouver le guide Papou de la clairière qui me permettrait d'avancer jusqu'à la clairière suivante en toute sécurité, ici je cherchais un contact qui me guiderait a mon arrivée.

Je te caches pas que les contacts établis sont souvent passés par des membres de “clubs de motards”, de clans, de hordes, de groupe de potes jusqu'aux tribus de Hell's Angels bien organisées, vétérans de l'Afghanistan arborant skull de la Gestapo et insignes Nazi ou des vétérans de leurs guerres intérieures comme la Tchétchènie.

Tous veillent sur moi pour que tout se passe bien. Ils m'hébergent, m'accompagnent, me nourrissent, règlent mes problèmes avec la Police. Et souvent, quand je suis tout seul, je ne sais même pas qui m'appelle pour que je passe mon téléphone au policier qui me cherche des noises ou a un piéton qui va signaler ma position pour que l'on me rejoigne pour m'escorter.

Il m'ont adopté et il est vrai que pour ce qui concerne les moments de convivialité pendant les fêtes, dans la pure “russian tradition” je suis pas le dernier. En garçon sérieux, je charme les filles mais sans dérapages, et le lendemain c'est encore plus drôle, elles me rappellent toutes pour mesurer l'opportunité d'un rapprochement sachant que je suis un garçon respectable.

Ce mois-ci , j'ai donc parcouru 9.300 km, avec une moto qui ne souffre pas trop de l'état des routes, et avec laquelle le plaisir est énorme. L'idée d'avoir fait de cette machine un support de communication par l'écriture de messages et de signatures, est l'une des meilleures initiatives du voyage. Mélanges de petits mots d'amour, d'encouragement partisans, la moto est devenue un bon laisser-passer. La Police m'arrête maintenant pour signer, ils ne me demandent plus mes papiers. Ils lisent, se marrent et me réclament le stylo pour laisser une empreinte... c'est magique.

Lors d'une etape, a Saratov, plus de 3.000 km de l'endroit ou je me trouve actuellement a Novosibirsk, en Siberie, je trouvais sortant de mon hôtel, un petit papier plié entre ma selle et mon réservoir. Cette petite note écrite par un français disait : je m'appelle Joe, je roule en Road King comme toi...a Nantes, je suis en croisière sur la Volga avec mon amie russe. je ne sais pas comment tu es arrivé jusque la, bravo pour être venu aussi loin. Appelle-moi quand tu rentres.

Ces marques de sympathie me donne chaque jour plus de courage.

25 ans de reportages dans 90 pays traverses auraient pu me blazer ou me faire perdre ce plaisir indéfinissable que provoquent ces voyages rares. Pour reprendre un mot très vulgaire russe qui fait rire tout le monde pour exprimer cette notion de grand plaisir que je prends : “zayebis!”, “c'est le pied ! un truc dans le genre...

Merci a ceux qui m'ont permis de partir avec ce RoadKing Police magnifique, notamment a Harley Davidson France et Roadstar 92, a Leica et mon éditeur Romain Pages pour cette confiance accordée depuis si longtemps sur mon travail photographique. Merci de me permettre ce nouveau rêve et cette aventure, encore une fois, exceptionnelle et “s'il est vrai que l'on voyage pour aller au bout de ses rêves, que penser de ceux qui vont ou personne ne va”...