L'improbable cheval de Troyes, journee d'avant-hier. 20/08/2010

 

J'ai fini assez tard hier soir, un au-revoir à mes amis motards de Vladivostok et à son Président Alexiev, l'homme au splendide tatouage de la vierge encadrée par deux anges aux ailes d'aigles, les « Iron Angels ».
 
C'est maintenant fini les promenades nocturnes à travers la ville, la bière sur le parking du restaurant panoramique Del Mar qui surplombe le port, au milieu d'un mélange de passionnés de voitures japonaises tunées, de fils de bonnes familles qui exhibent la voiture couteuse empruntée à leurs riches parents et ou les bikers se retrouvent pour faire le spectacle : wheelies, stoppies, des traversées debout sur la selle les bras en croix. Sur une route avec des trous, c'est bien plus excitant... de la frime de biker!
 
Le rituel de l'amarrage des sacs étant terminé, je prends la route en direction du Nord, vers la ville de Ussuriysk a une centaine de kilomètres, de là, il faut que je bifurque ver le nord-ouest jusqu'à Poganichryy. Ensuite, au poste frontière, il faudra trouver une idée pour passer en Harley.
 
Je ne sais pas ce qui m'attend.
 
Ce matin, j'ai pris la précaution de mettre en valeur des tas de détails qui me serviront peut-être d'appuis pour baratiner les douaniers chinois comme un drapeau du Chapter du HOG de Shanghai, des sacs plastiques de l'Expo 2010, les écussons sur le blouson faisant référence à Harley Davidson Shanghai, des détails visuels. Sait-on jamais !
 
La moto est interdite en Chine, je le sais mais mon Visa chinois multi-entree lui est encore bien valide.
 
Trois heures de route me conduisent au poste frontière. Le Parking sauvage semble débordé par la fréquentation. Des voitures sont garées partout dans la nature comme un jour de match au Parc des Princes.
 
Des camions et des bus attendent  leur tour pour entrer dans la zone douanière russe. Les chauffeurs de camions font vérifier leurs déclarations et patientent en file indienne.Les bus remplis de touristes Chinois ou Russes sont sur la file d'en face.
 
Et moi, je double tout le monde le sourire aux lèvres en me dirigeant vers la barrière. Le douanier russe me fait mettre de coté. Je présente mes documents. Il me fait comprendre que le poste frontière n'autorise pas le passage de petits véhicules.
 
« Les gens laissent leur voiture et prennent le bus » me dit-il.
Seulement les bus et camions peuvent effectuer la traversée.
 
J'insiste donc.
 
Il appelle son supérieur et me redemande mes papiers et ceux de la moto... qui sont en règle. L'attente dure un peu et c'est au tour d'une douanière russe de nous rejoindre, elle parle un peu français et anglais.
 
C'est bon, je vais pouvoir tenter quelque chose, mais quoi ? je n'en sais rien encore.
L'idée pour entrer, c'est la douanière qui me la suggère.
 
Cette idée est tellement énorme que cela pourrait presque marcher.
 
Elle me demande d'aller acheter mon billet pour monter dans le bus qui me fera passer de l'autre coté.
 
Je lui reconfirme bien que je suis marié avec ma moto et qu'il n'est pas question de faire mon voyage de noce sans elle. Ce n'est même pas imaginable.
 
Les camions ne peuvent pas charger la moto, cela nécessiterait de remplir des documents douaniers pour la moto qui prendraient des jours, payer des taxes absurdes. Je commence à être limite avec ma date finale d'entrée en Chine.
 
L'énormité proposée par la douanière, c'est le genre de truc qui ne s'invente pas et quand tu le racontes, personne ne te croit.
 
« Vas acheter ton billet pour le bus et on comptera ta moto comme bagage en soute ». me dit-elle sérieusement.
 
"Mais comment comptent-il s'y prendre ? Ce n'est pas une mobylette que l'on met sur une galerie, il faudrait une grue. Et puis la moto serait trop visible. Je n'ai pas vu non plus de systèmes d'accrochage externe à l'arrière des bus".
 
Les Chinois ne me laisseront même pas passer le poste frontière qui se trouve a 8 km, je n'y arriverai pas.
 
Je demande néanmoins le prix du billet.
 
« 1.400 roubles pour une personne et ses bagages » me confirme la guichetière.
 
36 euros pour passer la frontière, pourquoi ne pas essayer. Il n'est pas question de laisser la moto. J'insiste.
 
« Pas de problèmes, elle va entrer dans la soute à bagages du bus, vous n'êtes pas le premier » me dit-elle.
 
Je pense à cet instant, ces Olga sont toutes givrées.
 
Comment peut-elle imaginer que l'on va pouvoir faire entrer la moto là-dedans.
 
400 kg, ce n'est pas une bicyclette électrique Made in China.
 
Elle n'a pas bien vu la bête, ce n'est pas possible. Elle me dit, « il y aura plus de place dans le bus suivant ».
 
« Si je réussis à entrer la moto comme ca, je tiens un scoop pour Paris-Match » je lui réponds en rigolant.
Le bus suivant arrive. Fondamentalement « pas très diffèrent » du précèdent, pour ne pas dire « le même ».
 
Bon, si c'est la seule option, mesurons.
 
Un peu moins d'un mètre de haut par un mètre de large sur deux mètres cinquante de long.
 
En théorie, si j'enlève le pneu arrière, les jerricanes d'essence et le pare-brise, si je dévisse et le descends le guidon, démonte la roue avant, c'est peut être jouable. Mais reste que les trois cent kilos devront être montés a bras d'hommes, et cela me paraît très compliqué.
L'expérience tirée des chutes et notamment celle de l'accident m'avait confirmé que cette moto est bien une enclume et qu'il n'était pas évident de trouver 6 ours de l'Oural en même temps et au meme endroit pour soulever ce monstre.
 
Et ici, on ne peut compter que sur des bras, pas sur des machines de levage.
A part deux cabanes, un bureaux d'administration pour les routiers etun guichet qui vend des billets de bus. Un village a quinze kilomètres.
Pas question non plus de ralentir le chargement du bus pendant sarotation. Que va-t-il se passer a la douane chinoise ?
 
Il va falloir avoir de l'imagination pour expliquer en russe ou en chinois.
 
Ce n'est pas gagner.
 
C'est tellement énorme que je me mets a imaginer que cela est possible sans trop penser encore aux consequences.
J'en avais tellement vu pendant ce voyage, entre Jésus qui avait changé quatre cylindres, quatre pistons sur le bord de la route, nous avions réussi a clipper la chaine moto de la Suzuki de Luc que son garage n'avait pu faire faute d'outil spécial, avec un marteau, une hache, des clés a pipe, le maillon avait chauffé au feu de bois pourdilater le métal, puis arrose d'eau pour qu'il reprenne sa taille initiale, mes fourches détordues et mon garde boue redressé. Tout avait été possible jusqu'à présent.
 
Avec l'aide d'un chauffeur de poids lourd, nous commençons le démontage.On prendra pas ce bus mais le suivant. Le démontage est terminé, un gars nous passe un carton, un autre une couverture pour servir de tapis glissant, nous sommes sept au total, un qui va tirer la corde amarrée a l'avant, les autres vont monter la fourche avant, puis soulever l'arrière.
 
C'est parti. Qu'est-ce qui motivent tous ces gars a m'aider ?
 
Nous bataillons quelques minutes, la moto est entrée a ma grande surprise, elle est tellement bien callee que je ne suis pas sur qu'elle puisse en ressortir. Elle est bien protégée, elle n'a pas reçu de coups. De toute manière, il faudra bien qu'elle en ressorte. Bien installe dans le bus, après avoir transpiré tout ce qu'il était possible de transpirer, nous quittons le poste de douane russe en direction de la douane chinoise. Rien de spécial a dire sur les quelques kilomètres a travers une nature verdoyante qui nous conduisent vers les grilles chinoise et son drapeau rouge. Al'arrivée, un grand complexe hôtelier et une surface commerciale moderne, s'élève sur la droite et a l'horizon et en face je devine la silhouette d'une grande ville. Ces images annoncent la couleur, « bienvenue dans la nouvelle Chine dynamique ».
 
N'ayant pas fait de récents excès de Vodka, je ne suis pas tout a fait de la même couleur que les autres voyageurs.
Dans le premier poste, je suis interrogé sur mes intentions de ce voyage,sur les raisons pour lesquelle je voyage en bus, et pourquoi j'ai un visa business en Russie et un de tourisme de six mois en Chine, quel est mon job, mon club de foot préféré...je lui reponds que j'ai traverse toute la Russie en Moto.
 
Combien de temps vais-je de passer en Chine ? le temps de temps de la traversee jusqu'a Shanghai.
 
Ma fiche est remplie, mon entrée est enregistrée et rien concernant la moto, il faut que je déclare son entrée, je ne sais pas comment faire, je suis tiraillé entre remettre le problème a plus tard ou me faire bloquer tout de suite. Le chauffeur chinois du bus vient me chercher, et me fait comprendre que l'on peut y aller. Je ne comprends plus rien, un chinois qui me parle en russe. Le bus redémarre. Le premier poste de Police est franchi, puis un papier est donne au poste suivant, celui de la douane, puis une nouvelle revérification des passeports. RAS. La barrière se lève. Le bus continue en direction de sa station de rotation en ville.
 
Welcome to China.